2019 Bande dessinée

Le budget du Service général des Lettres et du Livre pour l’aide et le soutien au secteur de la bande dessinée était officiellement de 193 000 € en 2019. Ce budget est stable depuis 2017, il était les années antérieures autour de 140 000 €.

En faisant l’exercice de mise à plat des chiffres et en faisant la somme de toutes les bourses et aides recensées, nous sommes pourtant arrivés à un total supérieur de 55 300 €, soit en tout 248 300 €... Nous reviendrons sur ce point plus bas dans l’analyse.

L’aide en image

Analyse

Pour rappel, les principales aides allant à la création sont en bleu sur le graphique. Elles sont au nombre de 4 :

  1. Bourse découverte (12)
  2. Aide au projet (7)
  3. Aide à la création (2)
  4. Année sabbatique (1)

Si l’on inclut les prix, la part d’aide destinée aux auteurices et donc à directement dédié à la création est d’environ 45%. L’accent est surtout mis sur les "bourses découvertes" qui concernent les premiers projets, mais aussi sur les "aides au projet". Au vu du manque de moyens mis à disposition de ce secteur, il semble logique que la commission distribue un maximum de soutiens sous ces deux formes. L’une et l’autre étant fixées à une somme similaire et assez basse de seulement 3.500 €. Cette politique permet sans doute de faire profiter à un maximum de monde d’un soutien (et d’en faire politiquement la publicité), mais elle s’apparente à du saupoudrage dont les résultats concrets nous semblent discutables.

Le bilan affiche un "taux d’acceptation" global des dossiers de 67%, en précisant que 55 dossiers ont été déposés et que 35 ont été sélectionnés. Pour les auteurices, il est de 61% (36 déposés, 22 retenus).

Si à première vue le taux d’acceptation semble correct avec deux tiers d’acceptés, il faut néanmoins nuancer.

Nous avons régulièrement des retours de la part d’auteurices qui n’essaient pas (ou plus) de demander ces aides, car ils ou elles ne se pensent pas éligibles. L’idée circule en effet depuis de nombreuses années que les bourses sont majoritairement allouées à de la BD dites "indépendante" et beaucoup plus rarement à quelqu’un qui aurait un contrat chez un éditeur plus "mainstream". Et cela même si l’avance perçue est parfois dérisoire, surtout pour des premiers projets ! On peut donc imaginer que les besoins de soutien sont bien plus importants qu’il n’y paraît, mais que la perception publique de l’aide et les faibles montants proposés dissuades un grand nombre de candidats de postuler.

Des aides trop standardisées

En effet, s’il peut sembler normal d’attribuer cette somme pour un premier travail, il n’en va pas de même pour l’aide au projet qui se destine à des pros.

L’aide au projet doit permettre "de faire face à divers frais (recherche, matériel…)" (sic). Mais dans les faits, vu la précarisation des auteurices et le temps nécessaire à la réalisation d’un projet, et si l’on prend en compte l’orientation artistique affichée de la commission (expérimentation, bande dessinée de création), cette bourse est souvent consacrée uniquement au temps très long de la création. Elle est donc insuffisante.

Abdil demande donc à la commission de revoir ces paliers. Nous souhaitons que l’aide au projet destinée aux professionnel.le.s soit relevée à 6 000 € afin de constituer un ensemble de seuils lisibles et cohérents, et de permettre de fournir une aide qui soit plus que symbolique à ce niveau de carrière.

Budget flottant

Comme expliqué plus haut, la somme allouée aux aides ne correspond pas à la somme annoncée officiellement (193.000 €). L’administration nous a expliqué la raison de cette différence.

D’abord les délibérations de fin d’année débordent régulièrement sur le budget de l’année suivante. Ce qui empiète sur le budget suivant, mais cela devrait s’annuler d’une année sur l’autre.

Ensuite, il peut y avoir des soldes de bourses octroyées sur d’autres années (les auteurices ne touchent pas l’intégralité de certaines bourses, souvent 80% puis le solde après preuve d’avancement). Ce qui devrait grever le budget.

Enfin, il y a parfois des apports financiers complémentaires de la part d’autres secteurs des Langues et des Lettres (ex., après propositions et échanges, cession bienveillante de marges disponibles au profit des littératures graphiques), des bonus donc.

À première vue il est heureux de se retrouver avec plus d’argent que prévu (mais est-ce réellement le cas ?). Cette gestion décalée du budget ne permet pas une perception claire de l’effet de l’aide publique. On ne comprend pas très bien quelle somme est disponible chaque année. Il en résulte de plus un manque de perspective financière qui a sans doute pour effet de compliquer le travail de la commission.

Cette situation ne devrait plus se reproduire à partir de 2021, la réforme des instances d’avis étant passée par là. Ce grand chantier de remise à plat des aides octroyée à la culture devrait, nous assure-t-on, annualiser plus strictement les dépenses. Affaire à suivre.

Un mot sur les autres aides

Par ordre d’importance, viennent ensuite l’aide aux maisons d’édition (23,7%) et les conventions à des structures (17,7%), qui sont annuelles sur base de contrats de 3 ans habituellement. En 2019 deux structures se partagent ce budget : la 5e couche édition et L’Espace de littératures illustrées (ELI asbl, le Toner).

Si vous souhaitez connaître le détail des attributions de bourses vous pouvez aller lire le rapport d’activité.


    2019 Littérature jeunesse

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