États généraux de la BD : la précarité confirmée

États généraux de la BD : la précarité confirmée


Les résultats de la nouvelle enquête des États généraux de la bande dessinée (EGBD) 2025, publiés en mars 2026, confirment — sans surprise mais avec force — la persistance des fragilités structurelles du secteur.

Pour rappel, les EGBD ont été lancés en 2015 dans un contexte de mobilisation croissante des auteurices face à la dégradation de leurs conditions de travail. Cette première enquête avait permis de documenter à grande échelle la réalité économique et sociale des créateurices de bande dessinée. En 2020, le rapport Racine a élargi ce constat à l’ensemble du secteur des arts visuels, en mettant en évidence la précarité systémique et les déséquilibres structurels des relations professionnelles.

Près de dix ans plus tard, cette nouvelle édition des EGBD montre que, malgré une meilleure visibilité de ces enjeux, les évolutions restent limitées.

Les constats principaux sont désormais bien connus — et malheureusement confirmés :

  • une grande majorité d’auteurices ne parvient pas à vivre exclusivement de la bande dessinée, avec des revenus faibles et irréguliers ;
  • une méconnaissance persistante des droits, notamment en matière de contrats, de rémunération et de sécurité sociale ;
  • un recours devenu structurel aux activités complémentaires (“boulots alimentaires”), intégré durablement dans les parcours professionnels ;
  • des inégalités de genre toujours marquées, tant en termes de revenus que de reconnaissance ;
  • un manque de réponses politiques face aux revendications du secteur ;
  • une évolution des pratiques éditoriales, où la promotion repose de plus en plus sur les auteurices eux·elles-mêmes ;
  • un climat général de pessimisme, qui s’installe durablement dans la profession.

Ces éléments ne relèvent pas d’une rupture, mais bien de la confirmation d’une tendance lourde : celle d’un secteur créativement dynamique, mais structurellement fragile sur les plans économique et social.

Il est important de souligner que cette enquête s’inscrit dans un contexte français spécifique, notamment marqué par l’absence d’un système d’allocations comparable à celui existant en Belgique pour les travailleur·euses des arts. Cette différence contribue en partie au recours massif à des activités complémentaires — les “boulots alimentaires” — qui sont devenues une réalité structurelle pour de nombreux·euses auteurices.

Pour autant, ces différences de cadre n’empêchent pas, au contraire, la nécessité de croiser les expériences et de renforcer les échanges. ABDIL s’attache à multiplier les liens avec les acteurices du secteur en France : partager les réalités belges, mieux comprendre les dynamiques françaises, et tisser des alliances avec les auteurices et organisations mobilisées.

Dans cette perspective, ABDIL a été invitée à la Foire du Livre de Bruxelles, le 28 mars 2026, lors de la présentation publique des résultats des États généraux de la bande dessinée en Belgique, afin de participer aux échanges et répondre aux questions du public. Ces moments de dialogue contribuent à nourrir une réflexion commune, au-delà des frontières, sur les conditions d’exercice du métier.

Dans le prolongement de ces échanges, ABDIL a signé le communiqué de l’inter-organisation des auteurices de bande dessinée annonçant le lancement immédiat d’un plan de sauvegarde des métiers des auteurices du livre. Celui-ci vise à rassembler organisations professionnelles, intersyndicale et acteurs de la chaîne du livre afin de transformer des constats largement partagés en mesures concrètes. Il s’agit à la fois de consolider des propositions existantes et d’en formuler de nouvelles, plus structurelles, pour garantir des conditions de travail et de vie dignes. Le communiqué insiste également sur un point central : la mise en œuvre effective des décisions déjà votées, notamment en matière de financement de la sécurité sociale. Le ton est clair : l’urgence est réelle, et sans avancées tangibles, la mobilisation des auteurices est appelée à se renforcer.

ABDIL entend contribuer à ces dynamiques de coopération en partageant son expertise, en échangeant avec les organisations françaises et européennes, et en alimentant ses propres réflexions pour les chantiers en cours. Pour rappel, ABDIL fait partie du collège des auteurices de l’ADBDA, au sein de l’interorganisation « En bande organisée », chargée de concevoir et lancer, à partir de 2027, un nouvel événement programmé sur une durée de cinq ans. Au-delà des différences de systèmes, les enjeux restent largement communs : reconnaissance du travail, rémunération équitable, accès à des droits sociaux adaptés, et conditions d’exercice dignes.

Les EGBD jouent à ce titre un rôle essentiel : documenter, objectiver et rendre visibles des réalités souvent invisibilisées. Reste désormais à traduire ces constats en avancées concrètes.