Pension des travailleur·euses des arts : une victoire en vue
Les fédérations réunies au sein de l’UPACT poursuivent depuis plusieurs mois un travail de fond auprès des cabinets ministériels afin de préserver les droits sociaux des travailleureuses des arts. Ce travail de plaidoyer porte aujourd’hui ses fruits, avec une avancée significative concernant les pensions.
Fin février 2026, une annonce encourageante est venue confirmer ce que beaucoup espéraient : dans l’avant-projet de réforme des pensions, les jours couverts par l’allocation de travail des arts seraient désormais pleinement pris en compte dans le calcul de la pension. Concrètement, ces périodes seraient assimilées au forfait fictif normal — et non plus limité — ce qui permettrait qu’elles comptent réellement dans le calcul de la pension ordinaire.
Cette évolution concerne également le mécanisme de malus en cas de pension anticipée. Pour rappel, la réforme prévoit une réduction du montant de la pension si certaines conditions de carrière ne sont pas remplies (notamment un nombre minimum d’années et de jours de travail effectif). Dans ce cadre, il est essentiel que les périodes d’intermittence subie — caractéristiques du travail artistique — soient reconnues comme du temps de travail à part entière. C’est précisément ce qui semble désormais acquis dans les textes en discussion.
Cette reconnaissance repose sur un argument central défendu par les fédérations : l’intermittence n’est pas une exception propre au secteur artistique, mais une réalité partagée par d’autres professions comme les dockers, les pêcheurs en mer ou encore certains métiers de la construction. Dès lors, prendre en compte ces périodes dans le calcul des pensions ne constitue pas une rupture du principe d’égalité, mais bien une adaptation nécessaire à des réalités de travail spécifiques. Cette position semble avoir été entendue, réduisant fortement le risque de remise en cause juridique au regard des principes d’égalité et de non-discrimination.
Pourquoi est-ce une avancée importante ? Parce que les revenus moyens dans le secteur artistique restent structurellement faibles, comme l’a récemment mis en lumière le cadastre de l’emploi culturel en Fédération Wallonie-Bruxelles?. Sans cette prise en compte adéquate des périodes assimilées, de nombreux travailleureuses des arts risqueraient de se retrouver avec des pensions insuffisantes, voire sans accès à une pension décente.
En permettant l’assimilation de l’allocation de travail des arts au forfait normal, la réforme ouvre la possibilité pour davantage de professionnel·les d’accéder à une pension ordinaire, même sans remplir les conditions strictes de la pension minimum garantie. Il s’agit donc d’un levier essentiel pour lutter contre la précarité à long terme dans le secteur.
Cette avancée reste toutefois à confirmer. Les textes ne sont pas encore définitivement adoptés, et tant que le processus législatif n’est pas abouti, une certaine prudence s’impose. Les fédérations restent mobilisées pour s’assurer que ces acquis soient maintenus jusqu’au vote final.
Enfin, si ABDIL se réjouit de cette évolution, elle souhaite également rappeler son attachement à un principe d’équité globale entre les travailleur·euses. L’objectif n’est pas de défendre un régime de faveur pour les artistes, mais bien de faire reconnaître des conditions de travail spécifiques — en particulier l’intermittence subie — qui nécessitent des adaptations du système de sécurité sociale. Cette nuance est importante : il ne s’agit pas d’un privilège, mais d’un ajustement pour garantir des droits fondamentaux comparables à ceux d’autres professions confrontées à des réalités similaires.
De nouvelles informations seront partagées dès que cette avancée se confirme définitivement.