L’Arizona attaque de nouveau les pensions des travailleur·euses des arts !

L’Arizona attaque de nouveau les pensions des travailleur·euses des arts !


Si fin février 2026, on annonçait que les jours couverts par l’allocation de travail des arts seraient désormais pleinement pris en compte dans le calcul de la pension, désormais ce serait uniquement les périodes d’intermittence postérieures au 1er avril 2014 qui bénéficieraient d’un régime d’exception.

Inégalités et précarité généralisées

Dans son projet de loi « portant l’introduction d’un pourcentage de limitation dans le régime de pension des travailleurs salariés », le ministre des Pensions Jan Jambon (N-VA) souhaite limiter la prise en compte des périodes dites « assimilées » (chômage, prépension, etc.) pour le calcul des pensions. Concrètement : « Le pourcentage maximum de périodes assimilées est lié à l’année de naissance de l’intéressé : 40 % pour les cohortes nées entre 1961 et 1964 inclus, diminuant par paliers de 5 points de pourcentage jusqu’à 20 % pour les personnes nées à partir de 1968 [1]. »

Derrière ces comptes d’apothicaire se dissimule toute une série d’inégalités entre les ancien·nes et les nouveaux·elles retraité·es mais également entre les femmes (-2,6 %) et les hommes (-2,3 %) [2]. Cette réforme inclue également un risque de pauvreté d’ici la fin de la législature tant chez les nouveaux·elles retraité·es (+0,4 point de pourcentage ; de 5,9 % à 6,3 %) que dans l’ensemble de la population retraitée (+0,6 point de pourcentage ; de 5,5 % à 6,1 %) [3].

Exception arbitraire pour les travailleur·euses des arts

Le projet de loi sur le régime de pension reconnaît le caractère intermittent spécifique des travailleur·euses des arts tout comme celui des travailleur·euses portuaires (dockers) et des pêcheur·euses de mer [4]. Ces métiers bénéficient d’une exception dans le calcul des pensions et ne sont pas soumis à un pourcentage de limitation.

Cependant, le ministre Jan Jambon ajoute une contrainte au régime de pension pour les travailleur·euses des arts et considère que seules les périodes d’intermittence postérieures au 1er avril 2014 font parties du régime d’exception [5].

Cette distinction renverse le rapport des inégalités entre les travailleur·euses des arts proches de la pension et les plus jeunes. En effet, sur l’ensemble d’une carrière artistique effectuée avant le 1er avril 2014, 1/5 à 2/5 des périodes d’intermittence seraient considérées dans le calcul de la pension tandis qu’une même carrière débutant au 1er avril 2014 ne serait pas soumis à un pourcentage de limitation. L’inégalité de traitement va encore plus loin puisqu’en déterminant une exception à l’exception, le travail des arts est « déclassé » voir discriminé selon une période de l’ensemble des métiers caractérisés par une intermittence subie [6].

Or, le ministre Jan Jambon est censé connaître les raisons fondamentales d’une intermittence subie dans le domaine du travail des arts et que cette dernière ne peut être calculée sur une période limitée. Lors d’un communiqué de presse datant du 17 juillet 2025, les fédérations professionnelles de la culture avaient rappelé au ministre que : « L’exposé des motifs de la loi portant la réforme du statut des travailleur·euses des arts confirme que l’intermittence des travailleur·euses des arts est structurelle et inhérente à leurs métiers. Elle ne relève pas d’un choix individuel mais d’une réalité professionnelle, nécessitant une protection sociale adaptée qui tienne compte de cette spécificité [7].  » Exit donc la réforme limitant à 9 ans les périodes assimilées dont les périodes sous allocation du travail des arts pour le calcul de la pension des travailleur·euses des arts. Alors, pourquoi le cabinet de Jan Jambon persiste dans la réduction des droits des travailleur·euses des arts ?

Travailleur·euses des arts depuis 2014 ou depuis toujours ?

Selon le cabinet du ministre des Pensions, le statut des travailleur·euses des arts débute à partir de 2014 : « considérer une autre date pivot introduirait une discrimination entre les catégories de travailleurs des arts en ayant bénéficié jusque-là et ceux n’en bénéficiant pas [8]  ». Avant 2014, l’intermittence subie dans la profession des arts était reconnue essentiellement pour les arts du spectacle. À partir de 2014, la reconnaissance d’une intermittence subie s’élargit à tous les domaines artistiques.

La justification de cette date par le cabinet des Pensions est unanimement contestée par le secteur culturel, les syndicats ainsi que par la ministre de la Culture Elisabeth Degryse (Les Engagés) : « Nous avons donc transmis au cabinet Jambon, ce mardi [7 juillet 2026] matin encore, la preuve que bien avant 2014, date pivot choisie par le fédéral, a été introduit un dispositif spécifique, introduisant le gel de la dégressivité des allocations pour les travailleurs engagés dans le cadre de contrat à durée déterminée de courte durée. Notre lecture (et celle des représentants du secteur) est donc qu’il faut considérer les périodes de chômage “artistique” à partir de 1991 et non 2014 [9].  »

Cependant, au-delà d’une date inscrite dans un décret ou dans un arrêté royal, le travail des arts reste inchangé. Sa spécificité se définit dans une démarche professionnelle continue, alternant périodes de travail rémunéré et périodes de travail non rémunéré également nommé périodes de travail « invisibilisé » (exemple : périodes de création, de répétition ou de recherche). En toute logique, le caractère d’intermittence subie, intrinsèque aux diverses professions des travailleur·euses des arts, tout comme celui des pêcheur·euses en mer et des dockers, ne devrait suivre aucune exception selon une période déterminée. Les périodes d’intermittence subie doivent être considérées comme du temps de travail à part entière. « Ce calcul des pensions ne constitue pas une rupture du principe d’égalité, mais bien une adaptation nécessaire à des réalités de travail spécifiques [10].  » Dès lors, pourquoi ne pas reconnaître la spécificité des artistes bien avant le 1er avril 2014 ? Pourquoi ne pas supprimer simplement toute date, toute exception, toute complication ? Et… réaliser une réforme des pensions soutenable et égalitaire pour tous et toutes ?

Stop aux réformes des pensions

Depuis l’arrivée du gouvernement Arizona au pouvoir, plusieurs tentatives d’affaiblissement du régime du travail de arts ont été déjouées par le secteur culturel dont les fédérations réunies au sein de l’UPACT (Union des Professionnel·les des Arts et de la Création - pôle Travailleur·euses).

Ces attaques récurrentes posent la question sous-jacente de la légitimité des travailleur·euses des arts, de leur liberté d’exercer et d’exister. L’acharnement du gouvernement n’a fait que renforcer le combat et la solidarité de l’ensemble du secteur de la culture. ABDIL soutient sa mobilisation aux côtés des travailleur·euses des arts afin de défendre le droit de créer et de vivre dignement.

Si la réforme des pensions est globalement inadmissible car inégalitaire selon l’âge, le genre et le statut des travailleur·euses, elle entraîne aussi la suspension des adaptations au bien-être, la limitation de la durée des périodes assimilées, des malus pension, une suspension temporaire de l’indexation des pensions élevées, un accroissement de la précarité, etc. [11]

Rappelons que les valeurs d’ABDIL reposent sur la solidarité, l’équité et la convergence des droits des travailleur·euses des arts vers une protection sociale renforcée et mutualisée. Plus que jamais, restons mobilisé·es face aux réformes antisociales du gouvernement Arizona. Faisons entendre notre voix en participant aux manifestations toute l’année et en rejoignant les nombreuses actions qui seront organisées dans les prochains jours. Pour ne rien manquer, suivez les réseaux sociaux !

Actions de mobilisation :
 une pétition intitulée « Sauvons la pension des travailleur·euses des arts ! » (en cours depuis le 9 juillet) à signer (et à diffuser) : https://c.org/GkknY4CmPW
 une carte blanche francophone (UPACT) et une autre néerlandophone publiées lundi 13 juillet à relayer
 un appel massif aux travailleur·euses affecté·es afin qu’iels inondent les boites mails des députés de la majorité avec des témoignages personnels, la liste des mails est accessible ici : https://www.lachambre.be/kvvcr/showpage.cfm ?section=/depute&language=fr&cfm=cvlist54.cfm?sorttype=group&legis=56

Notes

[1Projet de loi « portant l’introduction d’un pourcentage de limitation dans le régime de pension des travailleurs salariés », Chambre des Représentants de Belgique, résumé page 3, 26/05/2026 : https://www.lachambre.be/FLWB/PDF/56/1538/56K1538001.pdf

[2Effets distributifs de la réforme des pensions du gouvernement fédéral, Bureau fédéral du Plan, 14/04/2026 : https://www.plan.be/fr/publications/effets-distributifs-de-la-reforme-des-pensions-du

[3Effets distributifs de la réforme des pensions du gouvernement fédéral, Bureau fédéral du Plan, 14/04/2026 : https://www.plan.be/fr/publications/effets-distributifs-de-la-reforme-des-pensions-du

[4Projet de loi « portant l’introduction d’un pourcentage de limitation dans le régime de pension des travailleurs salariés », Chambre des Représentants de Belgique, résumé page 3, 26/05/2026 : https://www.lachambre.be/FLWB/PDF/56/1538/56K1538001.pdf

[5La pension des artistes à nouveau menacée par un projet de loi, Alain Lallemand, Le Soir, 01/07/2026 : https://www.lesoir.be/756713/article/2026-07-01/la-pension-des-artistes-nouveau-menacee-par-un-projet-de-loi

[6Pension des travailleur·euses des arts : un revirement inacceptable du gouvernement Arizona, communiqué de presse dont ABDIL est signataire, 19/06/2026 : https://www.scam.be/actualites-ressources/pension-des-travailleur%c2%b7euses-des-arts-un-revirement-inacceptable-du-gouvernement-arizona/

[7Communiqué : la pension des travailleur·euses des arts est menacée, ABDIL, 17/07/2025 : https://abdil.be/Actualites/article/communique-la-pension-des-travailleur-euses-des-arts-en-danger

[8Degryse « très préoccupée » par l’impact du projet Jambon sur la pension d’artiste, Alain Lallemand, Le Soir, 07/07/2026 : https://www.lesoir.be/757985/article/2026-07-07/degryse-tres-preoccupee-par-limpact-du-projet-jambon-sur-la-pension-dartiste

[9Degryse « très préoccupée » par l’impact du projet Jambon sur la pension d’artiste, Alain Lallemand, Le Soir, 07/07/2026 : https://www.lesoir.be/757985/article/2026-07-07/degryse-tres-preoccupee-par-limpact-du-projet-jambon-sur-la-pension-dartiste

[10Pension des travailleur·euses des arts : une victoire en vue, ABDIL, 17/04/2026 : https://abdil.be/Actualites/article/pension-des-travailleur-euses-des-arts-une-victoire-en-vue

[11Effets distributifs de la réforme des pensions du gouvernement fédéral, Bureau fédéral du Plan, 14/04/2026 : https://www.plan.be/fr/publications/effets-distributifs-de-la-reforme-des-pensions-du