Réponse du MR à la lettre ouverte


Le 3 juin 2024, le président du Mouvement Réformateur, Georges-Louis Bouchez, a répondu à la lettre ouverte qu’ABDIL et 10 autres fédérations professionnelles des arts lui ont adressée. Nous décortiquons ensemble ce qu’il écrit.

Pour rappel, dans le programme des différents partis politiques qui se présentaient aux élections régionales et fédérales 2024, nous avions constaté que le MR souhaitait limiter les allocations de chômage à deux ans (incluant les bénéficiaires de l’allocation du travail des arts). Nous nous devions de réagir. ABDIL a co-rédigé une lettre ouverte au MR (disponible ici), signée par 10 autres fédérations professionnelles des arts et envoyée le mercredi 29 mai 2024 aux dirigeant·es du parti. À peine 5 jours plus tard, le président du MR lui-même réagissait.

Tout d’abord, il assure que le Mouvement Réformateur n’a aucune intention de modifier le système d’allocation pour les travailleur.euses des arts. D’emblée, il accuse ses opposant·es de manoeuvres déloyales : iels seraient prêt.es à tout pour noircir son bilan et intoxiquer le débat. Il parle de "rumeurs" et de "pure désinformation, hélas trop fréquente dans le climat électoral". Ce serait de basses manipulations politiques qui sèmeraient la peur parmi les artistes et discréditeraient le MR.

Ensuite, le MR se félicite non seulement d’avoir participé à la réforme de création d’un nouveau statut des artistes, mais en plus d’en être à l’origine. En 2020, par l’intermédiaire du Centre Jean Gol, le MR a publié une étude qui a jeté les bases du système actuel (accessible ici). "C’est le MR qui a explicitement inscrit la réalisation du statut dans l’accord du gouvernement de la présente législature", écrit George-Louis Bouchez. Il rappelle également que le nouveau statut est "né grâce à un large processus de consultation du secteur par [leurs] chercheurs". En parlant de consultation, est-ce que le secteur a été concerté à propos du projet de Revenu universel de base des artistes et des techniciens (RBAT) ? Le MR propose en vérité, dans son programme, de remplacer les allocations du travail des arts par un RBAT dont le montant et les conditions d’accès seraient différentes. Aucune fédération ni organisme représentant des travailleur·euses des arts n’ont validé ce dispositif bancal.

Pour autant, le MR écrit en toutes lettres : "Ce nouveau statut des artistes et le système d’allocation qui lui est attaché sont des acquis et nous entendons bien les défendre contre vents et marées. Cela n’aurait donc aucun sens pour le MR de détricoter ce qu’il a lui-même édifié." Voilà une preuve d’engagement que nous allons archiver précieusement.

La confusion viendrait d’une fiche du Bureau Fédéral du Plan (BFP), qui a été mandaté par le MR pour modaliser la limitation des allocations de chômage à deux ans. Les consignes étaient claires : viser l’ensemble des régimes d’allocations de chômage, à l’exception des régimes spécifiques comme ceux des travailleur.euses du secteur artistique. Toutefois, dans la pratique, il s’est avéré fastidieux d’énumérer toutes ces catégories avec des réglementations spécifiques, tant il y en a et tant les montants sont dérisoires par rapport à la masse totale. Paresse ou langue de bois ?

Dans tous les cas, notre interpellation plus générale sur la limitation des allocations de chômage à deux ans a été ignorée. Le MR periste et signe dans sa réponse à notre lettre ouverte : la limitation dans le temps des allocations "mettrait fin à un régime unique au monde qui génère de nombreux abus". On le répète, rien ne démontre l’impact réellement positif sur l’emploi d’une limitation dans le temps des allocations de chômage. Au contraire, cette réduction des droits risque d’augmenter les emplois précaires, mal rémunérés, et, inévitablement, d’entrainer un report vers les aides social du CPAS, aggravant la paupérisation des plus fragiles.