Nos missions
ABDIL a pour objectif premier de fédérer les auteurices afin qu’iels puissent élaborer collectivement des positions et être représenté·es directement, sans conflits d’intérêts. En ce sens, ABDIL assume une position de syndicat professionnel.
Son action porte sur les conditions de travail et de création des auteurices. Elle défend notamment un statut professionnel et une couverture sociale équitable et adaptés aux pratiques des travailleur·euses des arts, un financement public digne pour l’ensemble des secteurs artistiques, ainsi que la reconnaissance et la juste rémunération du travail de création.
ABDIL cherche également à informer et impliquer les auteurices dans les enjeux qui concernent leur profession et à faire reconnaître le travail de création auprès des instances culturelles et des professionnel·les du monde du livre, en premier lieu les éditeurices. Elle participe ainsi aux réformes des droits sociaux et aux politiques culturelles qui concernent les auteurices.
Pour porter ces positions et ces revendications, ABDIL intervient de différentes manières : rencontres avec les responsables politiques, participation à des commissions d’avis, rédaction de communiqués, veille juridique et politique, actions d’information, manifestations, création de ressources pédagogiques.
Depuis 2024, ABDIL propose également un service d’accompagnement destiné aux illustrateurices et autres artistes-auteurices professionnel·les, ainsi qu’aux étudiant·es. Son site internet et les différents outils qui y sont proposés en constituent la partie la plus visible. On y trouve notamment :
- des fiches pratiques, concrètes et illustrées sur des questions juridiques, fiscales, sociales et administratives ;
- des sites et ressources permettant de trouver rapidement une aide, une démarche ou un·e interlocuteurice ;
- des informations sur des structures similaires qui travaillent autour de la BD et de l’illustration, en Belgique et ailleurs ;
- des définitions simples pour comprendre les termes spécifiques au secteur.
Cette offre est complétée par des formations et des ateliers.
Nos valeurs et positions
Abdil défend (notamment) :
1. Une représentation directe des auteurices dans les instances qui les concernent
Les auteurices de l’édition doivent pouvoir être représenté·es directement dans les instances de concertation où sont discutées les décisions qui concernent leur travail et leurs conditions d’exercice. Or, leur précarité et leur nombre limité ne permettent pas à une organisation qui les représente de financer, avec les seules cotisations de ses membres, une représentation sociale suffisamment forte et exempte de conflits d’intérêts. Un soutien et un arbitrage publics sont donc nécessaires pour rééquilibrer la concertation, notamment face à des interlocuteurices dont les activités sont financées par les recettes du secteur, comme les fédérations d’éditeurs ou les sociétés de gestion collective?.
2. La reconnaissance et la rémunération du travail des auteurices
→ Le travail des auteurices doit être reconnu et rémunéré à chaque étape du processus de création et de diffusion de leur travail : documentation, recherches graphiques, écriture et dessin, mais aussi publication, exposition, dédicaces, rencontres avec les publics et autres activités de médiation.
→ La rémunération du travail doit être distincte de la rémunération liée à l’exploitation des œuvres. La perception de droits d’auteur doit donc venir en complément de la rémunération du travail, et non s’y substituer.
→ Tant que les pratiques professionnelles n’ont pas suffisamment évolué, lorsque les droits d’auteur servent à rémunérer le temps de travail des auteurices, des montants minimaux doivent être garantis. Ces montants doivent également contribuer pleinement à leurs droits sociaux, notamment lorsqu’ils sont versés sous forme d’à-valoir.
3. La diversité et la liberté de la création, indépendamment de sa rentabilité
→ Le statut des auteurices doit reconnaître et valoriser le travail artistique, y compris lorsqu’il ne génère pas de profit.
→ Les pouvoirs publics doivent garantir des financements suffisants pour permettre aux auteurices et aux structures qui les accompagnent de créer en dehors des seules logiques de rentabilité. Ces financements doivent notamment soutenir la recherche et l’expérimentation, l’édition indépendante, les différentes formes de rencontre et de médiation avec les publics, ainsi que le partage et la mutualisation des expériences et des connaissances.
4. Un revenu pendant les périodes d’intermittence
Les revenus des auteurices sont par nature irréguliers et fluctuants. Leur régime de protection sociale doit donc garantir la continuité de leurs revenus pendant les périodes où leur activité et leur rémunération s’interrompent, notamment grâce aux allocations du travail des arts.
5. Des dispositifs solidaires qui bénéficient à l’ensemble des travailleur·euses des arts
→ Les dispositifs de protection sociale destinés aux travailleur·euses des arts doivent rester intégrés au régime général de sécurité sociale. L’ensemble du secteur (auteurices comme exploitant·es d’œuvres) doit contribuer solidairement au financement de la caisse collective.
→ Les dispositifs spécifiques au secteur doivent être communs à l’ensemble des travailleur·euses des arts et tenir compte de leurs besoins, de leurs revendications et des réalités qu’iels partagent souvent : intermittence, manque de reconnaissance du travail, précarité, faiblesse de la représentation et du dialogue social, etc.
→ Cette solidarité doit également se traduire par une coopération avec les autres fédérations de travailleur·euses du secteur qui partagent ces mêmes valeurs.
Nos dossiers : acquis et batailles à mener
1. Le statut social des auteurices
Lors de la réforme du statut social des travailleur·euses des arts, ABDIL s’est impliquée dans WITA, une structure de concertation mise en place pour discuter de l’évolution du statut d’artiste. Elle réunissait un groupe de travail et un site internet où chacun·e pouvait réagir aux propositions. ABDIL a été la seule fédération professionnelle du secteur du Livre à participer à cette concertation, aux côtés des sociétés de gestion collective.
Cette participation a permis à ABDIL de défendre une réalité essentielle pour les auteurices de BD et d’illustration : leurs revenus sont irréguliers parce que leur travail l’est. ABDIL a obtenu que cette intermittence soit reconnue et que les auteurices puissent, sous certaines conditions, bénéficier d’une allocation mensuelle du travail des arts. Cette allocation est un dispositif spécifique de l’assurance chômage destiné aux artistes reconnu·es comme professionnel·les par la Commission du travail des arts et qui cotisent à la sécurité sociale des salarié·es. ABDIL a également obtenu que la bande dessinée soit reconnue comme un secteur artistique et culturel à part entière. Avant la réforme de 2022, elle était généralement rattachée à la « littérature » dans les textes relatifs à la sécurité sociale, ce qui pouvait poser problème pour certaines œuvres qui ne correspondaient pas à cette définition.
Pour ABDIL, l’enjeu est maintenant de faire vivre ces acquis et de continuer à défendre, dans les instances où se décident les politiques sociales, des dispositifs adaptés à la réalité des auteurices.
2. Le financement du secteur
En tant que fédération professionnelle, ABDIL siège à la Chambre de Concertation des Écritures et du Livre (CCEL?), une instance de concertation entre les pouvoirs publics et les organisations professionnelles du secteur du Livre, qui émet des avis sur les politiques culturelles. C’est dans ce cadre que les fédérations professionnelles qui y siègent ont été amenées à remettre, en 2024, un avis sur l’arrêté du Gouvernement qui exécute le décret relatif au subventionnement du secteur « Langues, Lettres et Livre ». Ce texte est particulièrement important puisqu’il définit, pour les années à venir, le budget consacré aux aides au Livre.
Après un long travail de concertation, ABDIL a obtenu, avec la Scam? et avec le soutien des autres fédérations professionnelles, le doublement des montants des bourses destinées aux auteurices : bourses d’encouragement, de projet, de création et de résidence. Cette position comportait toutefois un risque : si le budget global consacré aux aides n’augmentait pas lui aussi, le doublement du montant des bourses entraînerait une diminution du nombre de personnes pouvant en bénéficier. Nous avons néanmoins choisi de maintenir cette position. Pour ABDIL, il n’était pas question de chercher des solutions qui permettraient de faire fonctionner un système avec un budget que nous considérions comme totalement insuffisant. Le doublement des bourses devait au contraire servir à remettre la question des moyens disponibles au centre des discussions et à faire évoluer, au niveau politique, la répartition du budget consacré au Livre.
Pour autant, le dispositif des bourses reste bancal et devrait être revu. ABDIL continue son travail de réflexion/révision/amélioration dans le cadre de la CCEL. ABDIL défend notamment les positions suivantes :
- la possibilité de pouvoir passer par un organisme tiers (ASBL, BSA?, etc.) pour toucher le mon- tant des bourses à destination des auteurices
- l’allègement des conditions d’octroi des bourses à destination des auteurices
- la suppression de la notion de durée liée aux bourses de création
- une simplification administrative pour la remise des justificatifs ainsi qu’une clarification du dispositif général via un vademecum émanant de la FWB?
3. Le droit d’auteur et la rémunération
Le droit d’auteur est l’un des principaux moyens par lesquels les auteurices sont rémunéré·es. Il est donc directement lié à leurs conditions de vie et de travail. En 2023, une réforme de la fiscalité des droits d’auteur et des droits voisins a modifié les règles qui s’appliquent à ces revenus. Cette réforme n’a pas été pensée spécifiquement pour les auteurices de l’écrit, alors qu’elle touche directement leur principal mode de rémunération. Elle limite notamment la part des revenus pouvant être considérée comme des droits d’auteur, sauf certaines exceptions. Cette situation pose une question importante : comment rémunérer correctement un travail dont les revenus sont irréguliers et dont une partie essentielle passe par les droits d’auteur ?
Pour ABDIL, les droits d’auteur ne doivent pas servir à remplacer la rémunération du travail. Une création demande du temps : recherches, documentation, écriture, dessin, corrections, échanges avec l’éditeurice, rencontres avec les publics, etc. Ce travail doit être rémunéré en tant que tel. Les droits d’auteur doivent venir en complément, pour rémunérer l’exploitation de l’œuvre. Cette position ne signifie pas que les auteurices doivent être assimilé·es à des salarié·es classiques : leur activité ne fonctionne pas selon un temps de travail fixe et leur relation avec les éditeurices n’est pas une relation de subordination classique. Mais iels ne sont pas non plus des entrepreneur·euses qui maîtrisent seuls leurs tarifs, les conditions d’exploitation de leurs œuvres ou leur accès au marché. ABDIL conteste donc un système dans lequel leurs revenus dépendraient principalement du succès commercial de leurs œuvres, alors que ce succès dépend aussi des choix de l’éditeurice et, plus largement, du fonctionnement du marché du Livre.
Cette réflexion est devenue un chantier prioritaire pour ABDIL. Depuis 2026, la fédération travaille à construire une position politique plus précise sur la rémunération des auteurices, avec l’objectif d’aboutir à un manifeste. Ce travail part notamment des ressources qu’ABDIL développe déjà pour aider les auteurices à comprendre leurs contrats, leurs droits sociaux et fiscaux, les subsides ou encore leur protection sociale. Ces ressources montrent les fragilités du système actuel : dépendance aux avances sur droits d’auteur, revenus instables et faible prise en compte de certaines rémunérations dans la protection sociale. Les réformes fédérales de 2026 ont encore renforcé ces difficultés. ABDIL veut donc désormais aller plus loin : documenter ces mécanismes, confronter les analyses aux réalités vécues par les auteurices et construire des propositions permettant de défendre une rémunération plus juste et une meilleure protection sociale.
Notre fonctionnement
Le fonctionnement d’ABDIL repose sur 4 piliers complémentaires :
- les membres, qui adhèrent à la fédération et lui confèrent sa légitimité représentative ;
- la coordination, assurée par une salariée à temps partiel, qui prend en charge le fonctionnement quotidien et le suivi des activités de l’association ;
- le Comité de représentation, qui réunit jusqu’à 18 auteurices et illustrateurices bénévoles, avec une composition qui reflète la diversité de la fédération. Il porte la parole du secteur, analyse les enjeux professionnels et contribue à définir les réflexions prioritaires, les positions et les actions d’ABDIL ;
- l’Organe d’administration, composé de maximum 8 membres bénévoles, qui a le même rôle que le Comité de représentation, tout en assurant également la gestion juridique, administrative et financière de l’ASBL.
Le Comité de représentation et l’Organe d’administration sont élus par les membres pour un mandat de 5 ans, renouvelable. Les auteurices qui les composent travaillent ensemble sur un pied d’égalité : les réflexions, les décisions et les orientations d’ABDIL sont discutées et définies collectivement, sans qu’une instance ait autorité sur l’autre.
Nos membres
ABDIL rassemble et représente les auteurices de bande dessinée et d’illustration en Belgique francophone. Par « auteurice », ABDIL entend toute personne qui participe à la création d’une œuvre : écriture, dessin, couleur, composition, typographie, etc. L’adhésion est ouverte à toustes les auteurices professionnel·les, quel que soit leur statut, leur parcours ou leur manière de travailler.
Pour en savoir plus et adhérer, cliquez ici.
En septembre 2026, ABDIL compte 490 membres. Qui sont-iels, et d’où viennent-iels ?
La moyenne d’âge des membres est de 38 ans.
Les membres d’ABDIL pratiquent la bande dessinée et l’illustration dans des proportions assez équilibrées, avec une légère majorité pour l’illustration. Environ la moitié pratiquent les deux.
La majorité des membres résident en région bruxelloise, ce qui s’explique sans doute en partie par le fait que le siège social d’ABDIL y est situé. Les autres habitent principalement en Wallonie. Ces dernières années, le nombre d’adhérent·es wallon·es a sensiblement augmenté.
